Malgré sa condamnation en appel à un an de prison sous bracelet électronique dans l’affaire des assistants du RN, Marine Le Pen confirme sa candidature pour la présidentielle de 2027 grâce à une peine d’inéligibilité réduite. Décryptage.
C’est un véritable feuilleton politico-judiciaire qui vient de connaître son tournant majeur. Reconnue coupable de détournement de fonds publics européens dans l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement National (RN), Marine Le Pen a vu la cour d’appel de Paris rendre un verdict particulièrement complexe. Si les juges ont confirmé sa culpabilité, la peine prononcée lui ouvre paradoxalement la voie vers une quatrième candidature présidentielle pour l’échéance de 2027 (et non 2026, l’élection étant fixée au printemps prochain).
Invitée au journal de 20 heures de TF1 dans la foulée du délibéré, la triple candidate de l’extrême droite a balayé les doutes en officialisant ce que ses partisans attendaient : elle sera bel et bien sur la ligne de départ.
Une peine réduite qui sauve son éligibilité
En première instance, Marine Le Pen avait écopé d’une peine couperet de cinq ans d’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire, ce qui menaçait directement son avenir politique immédiat. La cour d’appel a choisi de recalibrer la sanction.
La cheffe de file des députés RN a été condamnée à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 mois avec sursis. La peine ferme se réduisant ainsi à 15 mois. Ayant déjà purgé une partie de cette inéligibilité depuis le premier jugement, le décompte entamé au printemps 2025 lui permet de recouvrer pleinement ses droits civiques juste à temps. Elle sera donc légalement éligible au premier tour de l’élection présidentielle prévu le 18 avril 2027.
La cour a explicitement justifié cette modération en invoquant le respect de « la liberté des candidatures » et du « libre choix des électeurs », indispensables à l’expression démocratique.
L’obstacle du bracelet électronique et la stratégie du pourvoi
Le principal écueil de cette décision réside dans le volet correctionnel : Marine Le Pen est condamnée à trois ans de prison, dont un an ferme, à purger à domicile sous surveillance électronique.
Par le passé, la responsable politique avait affirmé qu’il lui serait « impossible » de mener une campagne présidentielle d’envergure en étant entravée par un bracelet électronique. Pour contourner cet obstacle logistique et politique, Marine Le Pen a immédiatement annoncé sa décision de se pourvoir en cassation.
Ce qu’il faut savoir : Le pourvoi en cassation est une procédure juridique suspensive en droit français. Tant que la plus haute juridiction n’a pas statué sur la forme et la régularité du procès, l’exécution de la peine — y compris l’obligation du port du bracelet électronique — est totalement gelée.
Cette démarche offre au camp de l’extrême droite le temps nécessaire pour lancer la machine électorale sans contrainte physique immédiate.
Un « ticket gagnant » avec Jordan Bardella
Loin de se laisser abattre par la décision des juges, Marine Le Pen a profité de son exposition médiatique pour afficher une unité de fer avec son dauphin et président du parti, Jordan Bardella. Elle a réaffirmé la solidité du « couple politique » qu’ils forment, annonçant une entrée en campagne très rapide. En cas de victoire à l’Élysée, elle a d’ores et déjà confirmé qu’elle nommerait le jeune leader de 30 ans au poste de Premier ministre.
Alors que les récents sondages la créditent de plus de 30 % d’intentions de vote au premier tour, la stratégie du RN est claire : transformer ce revers judiciaire en argument politique de victimisation face au système, tout en sécurisant sa présence pour le scrutin à venir. Les réactions de la classe politique ne se sont pas fait attendre, d’Édouard Philippe à Jean-Luc Mélenchon, tous s’accordent à dire que la bataille de 2027 est désormais pleinement lancée.










